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amoureux Maxime tague

dimanche 27 juin 2010

La babillarde se réveille pour l'amour

Par Venise

J’ai été tagguée par Maxime, je me lance sur la grosse question à 100,000 piastres « «Qu'est-ce qui pour vous est signe d'amour? »

Elle est complexe en mozaille cette question, parce que pour moi, c’est l’histoire d’une vie d’expériences en couple dont je vais tenter de témoigner. L’amour dans un couple est le sujet qui m’a le plus accaparé dans la vie, le plus intéressé, et le plus bouleversé aussi. Le sujet me passionne, puisque pour moi, c’est une base, un tremplin. Quand je suis nourrie par ma vie de couple, je vais de l’avant.

Ça m’embêterait de répondre sans expliquer ma notion de l’amour. Mes expériences m’ont apprise à faire une nette distinction entre l’état amoureux et l’amour et, du coup, entre l’émotion et le sentiment. La distinction est capitale pour repérer les signes d’amour, puisque à mon avis, ça peut aller jusqu’à être amoureux d’une personne qu’on n’aime pas, et aimer une personne dont on n’est pas amoureux.

L’état amoureux se présente en force au début de la rencontre, c’est le moteur qui pousse vers l’autre, qui oblige à sortir de sa zone de confort, qui bouscule. C’est de la palpitation cardiaque sans faire de cardio ! C’est bouleversant, ça fournit une adrénaline formidable, c’est un carburant, ne serait-ce que parce que ça sort du quotidien, de la routine, de l’ennui aussi peut-être. On se sent vivre. Pour certains, au point que ça peut devenir difficile de s’en passer, et quand, inévitablement, cette émotion se tempère, ils pensent parfois qu’ils n’aiment plus l’autre. Il y a une confusion qui embrouille les signes et qui, d’après moi, est la cause de ô combien de séparations qui auraient pu être évitées !

Personnellement, je trouve l’émotion amoureuse beaucoup plus difficile à cerner, plus trouble, parce qu’emmêlée à ses propres ressorts émotifs. Une émotion intimement liée à soi. Tandis que l’amour est un mouvement hors de soi. L’émotion amoureuse dépend du confort que l’on a avec soi, tandis que l’amour part de l’intimité que l’on a avec soi, et dans quelle mesure on désire la partager avec l’autre.

Plus on a de l’autonomie affective (non carencé), moins l’émotion amoureuse est perturbante. Moins elle vient jouer dans nos «bébittes » personnelles, celles à la source de nos premières relations avec des personnes de qui l’on dépendait, souvent nos parents. Comment avons-nous été traités pendant que nous étions entièrement dépendants et, comment, surtout, l’avons-nous vécu ? Nous sommes faits du souvenir de ces failles affectives. Rares sont les personnes qui ont une maturité émotionnelle, jeune. La maturité, le mot le dit, grandit avec les expériences, et les expériences exigent du temps. Une personne peut vivre des enfilades d’expériences et ne pas prendre de maturité, ça dépend si elle ouvre sa conscience. Moi, à 20 ans, j’avais très peu de maturité affective, j’étais une dépendante. Je suis partie du presque zéro pour aller vers deux premiers maris. J’y suis allée, pas pour des raisons de partage, mais plus pour des raisons de « gavage». J’avais besoin qu’on soit amoureux de moi, ne serait-ce que parce que je ne m’aimais pas. Pour combler le manque d’amour que je me portais. Ça fausse la donne. Je suis restée 13 ans avec une personne, parce qu’elle était extrêmement amoureuse de moi et comblait le manque d’amour que je me portais. Le plus paradoxal est que le fait que cette personne soit amoureuse de moi m’a aidé à développer de l’amour vis-à-vis moi, donc de l’autonomie affective, et en développant cet amour vis-à-vis moi, j’ai eu de moins en moins besoin de son émotion amoureuse. Je m’en suis finalement libérée puisque je n’avais pas su choisir, à travers les brumes de l’élan amoureux, une personne avec qui il était possible de vivre une relation d’amour.

Je ne voudrais pas laisser croire qu’éprouver une émotion amoureuse, c’est négatif, loin de là. Je trouve juste important de la situer pour ne pas prendre des perles pour des saphirs, mettons. L’état amoureux ou l’amour a sa propre brillance, sa propriété, sa portée surtout. L’émotion, ça va et vient, mais ce n’est pas mauvais pour autant. L’émotion de joie est très positive, et c’est pourtant difficile dans la durée ; 20 heures consécutives de joie, c’est fatiguant ! L’émotion amoureuse apporte l’intensité, tandis que le sentiment d’amour apporte la durée. L’amour aime la constance, la stabilité basée sur la connaissance de l’autre.

Le mot est lâché « connaissance de l’autre ». J’en suis venue à la conclusion qu’on ne peut aimer une personne qu’on ne connait pas. Quand j’entends, après quelques jours d’une rencontre, « Je l’aime », je traduis par  "j’éprouve une forte émotion amoureuse, et j'éprouve un attrait pour développer le sentiment d’amour avec cette personne. L’émotion amoureuse fleurit dans la non-connaissance de l’autre puisqu’elle se nourrit de mystères, de projections, de voiles et de dévoilements. De transpositions de ses désirs aussi. La nature humaine est spontanément experte dans la projection de ses désirs sur « l’objet » de son émotion amoureuse. On adore se voir de telle manière dans les yeux de l’autre, qu’il admire telles qualités, telles forces, telle beauté, tel charme, et  tralala ... On devient amoureux de soi, à travers les yeux de l’autre. Bien entendu, c’est si plaisant que ça peut facilement créer une accoutumance, surtout si on ne s’aime pas, soi.

Si je l’avance c’est bien sûr parce que je l’ai expérimenté. J’étais une personne qui ne s’aimait pas. J’étais donc une proie idéale pour l’émotion amoureuse envahissante. J’ai rajouté « envahissante » parce que je ne rejette aucunement l’émotion amoureuse qui embaume une relation d’amour, c’est trop délicieux pour s’en passer ! Par contre, quand on développe de l’amour pour une personne – parce que je pense qu’il est à peu près temps que je parle de l’amour ! – l’émotion amoureuse se cultive. Cultiver est un geste volontaire. L’émotion amoureuse est moins spontanée qu’au début ; on a le choix de la cultiver ou pas, c’est la décision du couple.

Cependant, on peut être amoureux, ouverture large pour amorcer une relation d'amour avec quelqu’un, mais réaliser que le projet d’une relation sera impossible à vivre. Mais ça, c’est une autre histoire, et c’est l’histoire qui m’est arrivée avec le père de mes enfants que j’aime encore. Il y a la relation amoureuse, il y a l’amour, et il y a la relation, possible ou pas D’ailleurs, la relation, pourrait être un sujet de chronique à part entière.

L’amour, c’est simple, c’est si simple ! Je pense que tout le monde a déjà éprouvé l’amour de l’amitié ? L’amour dans un couple n’est pas tant différent que l’amour entre deux amis, en visant ceux avec qui on a énormément d’affinités. Ça se complique pour certaines règles, comme l’exclusivité. Pourquoi l’exclusivité ? Pour donner une chance au couple de survivre dans la jungle d’une quantité phénoménale de personnes intéressantes sur la Terre. C’est mettre toutes les chances de son côté, par choix, opter pour prendre le temps de cultiver, de tisser les liens. Si ce lien peut s’éclore, s’épanouir, resplendir, c’est étroitement lié à l’attention qu’on y accorde. La règle qui va suivre peut paraître banale, mais on a tous réalisé dans la vie, que là où l’on met de l’attention grandit et se développe vite ; que ça soit le travail, le sport, l’amitié, la culture générale, etc ...

Une fois le brouillard de l’émotion amoureuse dissipée, qui voit-on (moment charnière) ? Pour ne pas se réveiller brutalement, il est important de garder les yeux ouverts dès le départ ; l’être qui vous aimera est celui que vous voyez agir en général dans la vie. Il y a des personnes de qui on est amoureux mais avec qui on n’aura jamais d’affinités à moins qu’elles changent presque magiquement. Ou à moins qu’il arrive des coups dans la vie qui la fassent changer en profondeur, mais en profondeur veut dire avec du temps pour assimiler. La personne dont on est amoureuse qui, par exemple, dénigre sa famille, n’a pas d’initiative, est en révolte contre le système, est négligeant en amitié, c’est cette personne qui va vous aimer, une fois l’émotion amoureuse dissipée. Sous-entendre par là, d’éviter de penser qu’avec vous, c’est exceptionnel, et que ça ne se passera pas comme ça ! C’est l’émotion amoureuse qui fait penser ainsi. L’état amoureux intempestif suspend le temps, fait vivre entre parenthèse, avec l'offrande du meilleur de soi pour continuer à vivre cette émotion à laquelle on carbure. On n’est pas nécessairement à 100% qui on est, nos limites ne sautent pas aux yeux. Nous sommes les princes et les princesses ...

Quand on éprouve l’émotion amoureuse, simultanément l’amour commence à se développer, ou non, je veux dire cet amour que je prétends fait de la connaissance de l’autre. Comme l’amour amical. Qu’est-ce qui fait que vous êtes attaché à un ami très cher ? Tout ce que vous avez vécu avec cette personne.

Il arrive la question cruciale : l’amour va-t-il se développer sans l’émotion amoureuse permanente ? On n’est pas ami avec tout le monde et avec n’importe qui ! Est-ce que la personne qui est devant nous pourrait être le meilleur ami de la terre, avec qui on choisirait de vivre longtemps sur une ile déserte sans s’ennuyer ? Une personne qui nous alimente, nous stimule, avec laquelle on échange du passionnant ? Une personne qui nous donne autant qu’on lui donne ? Une personne qui désire notre bonheur et qui est prête à s’investir pour y arriver ? Une personne qui nous a à cœur plus que n’importe qui d’autre au monde ? Une personne à qui l’on peut tout dire parce qu’on y a confiance ? Une personne dans laquelle on reconnait des limites et qu’on les accepte ? Une personne à qui on ne demande pas de nous deviner mais qu’on aide à ce qu’elle nous connaisse mieux ? Une personne que l’on prend telle qu’elle mais qu’on aime voir évoluer, et qu’en étant juste soi-même on fait évoluer ? Une personne à qui l’on ne demande pas d’être constamment amoureuse de soi parce que c’est absolument impossible ? Une personne qu’on aime regarder vivre ? Une personne qu’on aime savoir vivante, même en notre absence, mais que la présence nous comble ? Une personne avec qui on est aussi confortable que si on était seule ? ... je pourrais continuer longtemps !

Cette personne est un complice de vie. La complicité se développe avec le temps et la confiance. Il est difficile d’avoir confiance à une personne que l’on vient juste de rencontrer. L’amour grandit avec les années, l’émotion amoureuse diminue avec les années (avec les mois même !), ensuite on la cultive. Un peu comme l’émerveillement qui amplifie la beauté, c'est une attitude. 

L’amour est un sentiment nourrissant, stable, qui se développe si on convient d’un commun accord d’y investir de l’énergie, malgré les émotions denses de la vie, dont l’émotion amoureuse. Et pour revenir à la question « tag », si j’avais un seul signe pour repérer l’amour qui tente de percer l’émotion amoureuse, ce serait le bien-être. Quand on est avec une personne qui a le « potentiel » de devenir un amour, on est confortable et détendue en sa présence. Et quand on pense à elle, on éprouve un sentiment de paix de se sentir accueilli dans tout son être.


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